Le terme « addiction » vient d’un vieux terme français « addictus » qui signifie « esclave par le corps », ou encore, donner son corps en gage pour une dette impayée. Dans le langage courant, l’addiction est la consommation d’un produit de manière répétitive, ou la répétition d’un comportement sans que le sujet puisse s’en empêcher. Le produit ou le comportement s’inscrit dans la vie de la personne de manière si indissociable que souvent, lorsque les personnes « addicts » viennent consulter, nous avons tendance à mettre le comportement addictif au premier plan. Or, très souvent, la problématique addictive n’est qu’une façade, un paravent qui cache des problématiques plus archaïques.

L’approche de la problématique addictive de manière générale, représente la relation de dépendance qu’une personne entretient avec un « objet », sachant que cette dépendance peut prendre diverses formes : dépendance à une substance (alcool, tabac, drogues, troubles des comportements alimentaire), dépendance sans substance (addiction à l’achat, au vol, aux jeux, à Internet) ou dépendance liée à une personne (dépendance affective). La personne dépendante laisse entrevoir sa souffrance à travers une consommation répétitive et une dépendance incontrôlable ; cet acte répétitif ne serait pas la souffrance, il serait plutôt l’expression d’une souffrance sous-jacente plus profonde, mais également plus ancienne.

J’ai pu constater qu’il est très important de remonter dans l’histoire personnelle du patient quant à son addiction, car c’est à travers son discours qu’on peut souvent trouver « l’élément déclencheur », ou du moins les facteurs psychiques inconscients qui auraient pu favoriser la dépendance. Chaque personne présente une histoire différente, chacune étant animée par des mouvements inconscients différents, des angoisses et des affects différents. Ainsi, il n’y a pas une problématique spécifique qui pourrait expliquer l’addiction et qu’il serait par conséquent difficile de parler d’une cause universelle de la souffrance addictive.

Durant les entretiens avec les patients, j’ai eu le sentiment que les patients, qui s’accrochent si ardemment à des addictions, aussi dangereuses qu’elles puissent être, tentent d’exprimer leur détresse innommable à travers cette répétition. Métaphoriquement, ce sont des personnes qui essayent sans relâche de continuer à nager pour ne pas se noyer dans une eau dont la profondeur leur échappe complètement.

Quand on travaille avec une problématique difficile, l’erreur à ne pas faire est de centrer son attention sur la conduite addictive et d’oublier l’histoire personnelle du patient. Même si l’addiction prend, au moment actuel, toute la place, on se rend compte que finalement elle ne représente qu’une partie de sa vie psychique.

Le rôle du psychanalyste s’inscrit dans un travail sur l’inconscient et le préconscient : le processus d’élaboration est rendu possible par la possibilité pour le patient de faire des liens dans son histoire personnelle.

La question de l’addiction est donc une question complexe, car c’est un « problème » qui prend de plus en plus d’ampleur dans la société post-moderne qui est la nôtre. Celle-ci, par la vive promotion de l’excès et de la consommation, ne fait qu’augmenter les risques en proposant des stratégies « bouche-trous » où il faut constamment remplir le manque. Par exemple, l’accroissement des réseaux sociaux est paradoxalement accompagné d’un vide existentiel et d’un manque profond ; nous sommes toujours connectés aux autres et pourtant, nous sommes déconnectés de l’autre.

Tout l’enjeu de l’aide psychologique dans un cadre thérapeutique est de pouvoir permette au patient de parler, d’arriver à mettre des mots sur l’origine de cette dépendance, de se « libérer » en parlant librement pour enlever ce poids et cette culpabilité qu’il peut porter en lui-même ; de passer de dépendance vers un processus de progrès et de renouvellement de soi. Parfois, il faut beaucoup d’entretiens, pour pouvoir comprendre l’enchaînement des événements que le patient a pu vivre.

N'oubliez pas. Vous êtes le seul à pouvoir le faire…mais vous n’êtes pas obligé de le faire seul !
N'ayez pas peur. Rappelez-vous que la peur n’est pas un FAIT, c’est une ÉMOTION. Comme toutes les émotions, elle passe.